Vivre ensemble

Vivre ensemble

Lorsque l’on veut évoquer la politique puisque c’est bien de cela qu’il s’agira ici, il faut avoir un peu de bouteille, y avoir un peu réfléchi posément et proposer quelque chose de construit et d’à peu près solide. C’est ce que voudrait faire ce petit texte.

Y seront rappelés les quelques grands principes qui devraient, me semble-t-il, régir, pour chacun, la vie commune dans le monde entier, le plus abstraitement, le plus rigoureusement et le plus rationnellement possible. Il ne s’agira bien évidemment pas de dresser une sorte de constitution internationale pour laquelle mes compétences sont absolument inexistantes mais plus de parler du sens que doit revêtir un acte à la portée de tous : le vote. Un point de vue seulement bien que celui-ci soit considérablement mûri au fil des ans : en effet, lorsque l’on croit, de toutes ses forces, à la démocratie, on ne parle que de son point de vue. D’ailleurs, l’explicitation des lignes de forces, des engagements, du chemin qui guident ce point de vue seront exposés dans une deuxième partie.

S’agit-il ici de se défendre ? De se sentir un peu exister en la matière ? De rétablir ou d’établir une cohérence ? D’imposer, de proposer même quelque chose ? Pas vraiment ou mieux un peu de tout cela. Il s’agit pour le dire clairement de se délester d’un poids et de poser, avant tout pour soi, des principes pour ce qu’il reste à vivre, dans le souci de trouver le minimum de stabilité et de confort possible.

Ecrire donc un texte qui sera tissé de références philosophiques mais aussi de récits de rencontres dont sont nées des idées, des aspirations, le goût de certains mots, de petites habitudes quotidiennes, autant de choses qui forment la vie politique d’un être humain pour pouvoir, comme l’implique me semble-t-il tout acte d’écriture digne de ce nom, mon écriture à moi en tous cas, se regarder dans un miroir sans rougir ou au contraire, rougir du bonheur d’avoir enfin pu coucher sur le papier.

Pour le dire autrement, la première partie voudrait dire toute la beauté et toute la nécessité d’une démocratie saine et les conditions de cette bonne santé ; la deuxième voudrait mettre tout cela en pratique, d’une certaine manière, en votant publiquement, en développant les pensées traversées pendant ces longues années, loin des logiques partisanes mais sans non plus rogner sur mes convictions, fidèle, donc, aux principes énoncés dans la première partie.

Ce texte est avant tout un travail personnel, comment dire cela, nécessaire pour moi. Et en cela, il réclame la dignité et l’intérêt dus à tout effort en ce sens. Mais s’il peut en éclairer certains, semer des graines chez d’autres, j’en serais tout à fait ravie.

I – De ce que voter veut dire

  1. Pourquoi voter ?

Il importe – et cela est même en ce qui me concerne une exigence absolue – de voter. On le répète dans les médias à longueur de journées. Voici quelques arguments simples en faveur de cet acte, arguments qui ne cherchent pas à culpabiliser mais plutôt à ouvrir les yeux sur la nécessité aussi bien logique, morale que vitale de cet acte.

a) Un acte logique

Aller voter est vrai pour tous et pour chacun : si l’on croit à l’existence évidente – ne serait-ce que dans la famille, dans la loi indépassable de notre naissance qui veut que la pluralité des gamètes soit la condition de l’avènement d’un nouvel être – d’une collectivité, d’un agrégat humain quel qu’il soit, à l’essence – faut-il citer et reciter Aristote ? – politique de l’Humanité, on doit à tout prix faire sa part. Ne serait-ce que pour rendre grâce de son existence et respecter la loi à la fois humaine et universelle de la nature. Certaines plantes et certains organismes se reproduisent par parthénogénèse. Qu’il leur soit épargné de donner leur avis. Mais que celui qui naît de la pluralité n’exprime pas son opinion sur la pluralité, cela est tout à fait illogique et incohérent. Aristote disait que l’homme est un animal politique. Cela s’inscrit dans les lois mêmes de sa venue au monde. Nier cela, c’est se nier soi-même. Ne pas voter, c’est alors ne pas prendre acte de sa propre existence.

b) Un acte moral

Par ailleurs, quel que soit le découragement que l’on éprouve, face à l’avancée du monde, face à sa propre situation et parfois face aux failles des personnes qui s’offrent à la prise en charge du destin commun, le droit de vote est une conquête qui s’est affirmée au fil des millénaires de l’histoire humaine et semble nécessaire même pas seulement à la justice mais tout simplement au bon fonctionnement d’un ensemble de personnes adultes, formées et autonomes. Invention de la démocratie, avènement de la République, du suffrage universel, acquisition du droit de vote des femmes, chaque pas a été l’objet de débats, de progrès et mérite donc le respect et l’observance strictes des règles édictées. Voter, en effet, c’est respecter le chemin tortueux de l’Humanité : aller voter, prendre part, prendre sa part à l’aventure, c’est inscrire ses pas dans cette évolution plurimillénaire à laquelle nous devons notre existence même. En revanche, ne pas tenir compte de cette évidence, c’est se voiler la face et faire preuve d’un effrayant manque d’humilité puisque comme le disait Pascal nous ne sommes que des nains sur les épaules de géants de toutes les générations qui nous ont précédés.

c) Un acte vital

Enfin, à moins de vivre dans la forêt et en parfait ermite (et encore), les décisions politiques nous impactent. La nécessité absolue d’aller voter est vraie aussi par intérêt bien compris : nous nous devons de préserver la vie qui nous anime, ainsi que de préserver les conditions de l’existence de cette vie : ne pas prendre sa part, ne pas faire sa part est suicidaire. Cette vie, c’est celle de nos ancêtres, la nôtre et celle des générations à venir. Or le suicide, le non-respect de sa propre vie étant, d’après Spinoza, un acte contraire à notre nature et témoignant d’une dénaturation de notre humanité, voter, prendre sa part, cela n’est pas seulement un devoir mais aussi un signe de bonne santé.

On l’aura compris, il est pour moi essentiel de voter. Mais si l’acte en lui-même (le vote, le choix, l’engagement) est capital, les conditions, les préalables à cet acte le sont tout autant : s’il importe de choisir et de s’exprimer, il importe aussi de ne pas le faire par dépit ou par égoïsme c’est-à-dire par-dessus la jambe. Il faut peser, considérer, négocier (avec soi-même et avec les autres) les raisons de son engagement.

2) Comment voter ?

a) Se former (au sens moral)

La majorité civique est fixée en France à 18 ans. Avant cela, nous ne sommes pas jugés en droit de décider. Mais sommes-nous jugés comme des êtres non pensants ? Cette période où l’on apprend doit aussi être une période où l’on apprend la politique. Où l’on se forme politiquement. En discuter, en famille, avec des amis, lire, s’engager dans des associations, en un mot, se sentir concerné, se préparer à la prise de décision est capital. De plus, « connais-toi toi-même » répète la philosophie antique, « aime ton prochain comme toi-même » clame la sagesse chrétienne, «  mets en conformité ta maxime avec son application universelle » demande la pensée moderne : si voter est un devoir, voter en conformité avec ces trois injonctions-là l’est tout autant et ce travail, ces trois tâches doivent être l’objet d’une mise en place solide lors de la formation puis d’une alimentation et d’une réflexion perpétuelle tout au long de la vie : tout parcours politique se doit aussi d’être un parcours moral qui garde en tête les fondements moraux de l’existence respectueuse d’autrui. Se former à voter est une marque de respect.

b) S’informer (au sens aristotélicien de l’information intellectuelle)

Dès lors, ne pas rester enfermé dans un camp, dans une idéologie, dans un bord sans examiner sérieusement les raisons, les idées, les valeurs, les convictions qui motivent un engagement – que celui-ci soit structurel (telle ou telle orientation) ou conjoncturel (telle ou telle forme d’organisation, solution, intellectuelle, concrète) – est indispensable. Et cela passe, avant tout par une prise d’information, par une documentation nourrie et une mise en ordre des informations reçues. C’est bien le sens de l’information aristotélicienne : ne pas rester matière ou flux, s’organiser, prendre forme, se construire : tout parcours politique est un parcours intellectuel. Ne pas explorer ce parcours est irresponsable.

c) Nous former, former un « nous » (au sens politique : universalité du droit de vote)

Voter donc, tous et chacun en conformité avec ces deux exigences (une formation morale – l’éducation familiale se prolongeant et se repensant tout au long de la vie – et intellectuelle – l’éducation scolaire se prolongeant et se repensant tout au long de la vie -) est un devoir. Mais quel est le sens de ce « tous et chacun ». Il me semble que les préceptes énoncés ci-dessus sont valables aussi bien pour un européen que pour un amérindien. Bien sûr, l’éthique dont je parle est née autour du foyer de civilisation méditerranéen et européen mais la loi semble bien vouloir de plus en plus parler au bon sens de chacun, le nombre d’êtres humains sur Terre, la quantité d’être vivants étant si importante, les échanges si nombreux, que cela appelle une organisation (concrète, intellectuelle, en un mot politique, au sens à la fois de la philosophie politique et du débat politicien sur l’organisation collective) complexe. La démocratie apparaît alors comme la meilleure et le plus universelle des solutions puisqu’elle se propose d’entendre la voix de tout le monde, du plus humble au plus élevé socialement, à égalité.

Voter donc et bien voter, voici deux préceptes, deux lois sans lesquelles on n’est à peine digne du nom d’homme et pas du tout de celui de citoyen. Mais pour qui vote-t-on exactement ?

3) Pour qui voter ?

a) Pour soi

Il me semble que prendre une décision en respect de la collectivité et de l’individualité est indispensable : penser même me semble-t-il à l’Humanité entière, à l’Univers mais aussi protéger – sans attendre que d’autres le fassent à votre place – sa vie, son intégrité physique, morale, affective. Le sens de la démocratie est la protection de tous les points de vue. Ici, évoquer Leibnitz et l’idée que chaque point de vue est unique et indispensable est utile. Nous sommes le fruit d’un passé, d’un héritage et d’une expérience propre. C’est à l’écoute de tout cela et non pas seulement de son intérêt matériel qu’il faut voter : les questions matérielles sont importantes mais pas exclusives. Il faut voter pour soi au sens très noble de ce « pour soi » : pour là d’où l’on vient, pour qui l’on est et pour là où l’on veut aller. Cela passe bien entendu par des questions concrètes mais aussi par des questions plus élaborées et abstraites. Voter pour soi est important sans quoi, si l’on ne prend pas soin de soi, personne ne le fera à votre place mais il faut que ce « pour soi » soit entendu en un sens très large.

b) Pour autrui

Et puis ce « pour soi » n’est pas un « contre autrui », bien au contraire. Ainsi, comme le dit si bien Levinas, chacun est, comme en voiture, aussi bien responsable de lui-même que des autres et ce mode de société est le seul possible. La fusion en une nouvelle entité appelée « collectif », « peuple » est une fable extrêmement puissante et encore très actuelle qu’il appartient à l’Humanité, un jour, de dépasser. Aucune société humaine n’est possible sans un sens aigu de la responsabilité individuelle et sans une exigence radicale d’attention portée à l’autre, l’autre n’étant pas mon double mais bien un être distinct. Penser l’autre non pas comme un ennemi dont il faut se défendre mais comme un semblable dont la dignité est parfaitement égale à la mienne. Et dès lors, lorsque l’on vote, il ne faut pas seulement penser à soi, pas seulement s’intéresser à ce qui nous serait favorable mais aussi se mettre dans la peau de l’autre, en épouser les aspirations, en prendre en considérations les désirs et les besoins. « Le ciel étoilé au-dessus de ma tête et la loi morale en moi » disait Kant. On pourrait dire en effet que cette loi morale doit désormais s’appliquer à et s’impliquer dans l’idée d’une prise en compte de l’autre non pas au sens d’un miroir me renvoyant à ma propre identité et m’enjoignant à le respecter – superficiellement – comme un ennemi dompté mais en voyant en lui un ami que l’on est prêt à soutenir et à prendre en charge comme son propre enfant. Voter est autant un acte égoïste qu’un acte altruiste et cela n’est pas incompatible si l’on admet qu’il s’agit, bien plus que de glisser un bout de papier au petit bonheur la chance dans une urne, d’un acte complexe qui doit tenir deux exigences et dont le cérémonial n’est que la face émergée de l’iceberg.  

c) Pour tous

Mais s’il s’agit d’un acte complexe, il peut même s’agir parfois d’un acte héroïque qui non seulement s’intéresse au semblable mais aussi au dissemblable, prenant en compte et portant avec lui, tel cette Madonna del parto de Piero Della Francesca, toute l’Humanité. Porter en soi l’humanité, sa propre humanité, celle d’autrui, celle du monde entier, telle est la tâche si ardue que devrait se proposer tout votant moderne. Que cet héroïsme-là soit vrai dans chaque acte que nous commettons, voilà un idéal à portée de main pour l’Humanité, si ce n’est tout de suite, dans quelques siècles. Et il s’agit là de la seule voie possible pour faire corps. Il m’arrive de rêver qu’existe la possibilité, lors de l’élection d’un dirigeant dans un pays, de voter aussi pour un représentant du pays à l’ONU. Que les deux votes se fassent le même jour et qu’ainsi, celui qui s’occupe de son pays tel jour pense le même jour au monde entier.

On le voit donc, voter, c’est le début, bien voter est une deuxième condition, voter héroïquement est l’aboutissement. Mais une fois que l’on a choisi, que se passe-t-il ? Pour soi, pour celui à qui l’on a délégué son pouvoir de décision ?

4) Les effets et les conséquences du vote

a) Pour le citoyen

Assumer ses choix est effet la quatrième condition d’un comportement civique vertueux : il en est de même en politique et dans la vie : lorsque quelque chose a été mûrement réfléchi, il faut faire confiance à cette élaboration, se faire confiance et faire confiance à celui à qui on adresse un message d’approbation ou de désapprobation : lui faire confiance pour comprendre, se faire confiance pour avoir compris, au moins partiellement quelque chose à ce qu’il est bon de faire. Trois champ de ce dernier volet du comportement civique vertueux me semble vouloir se dessiner : il s’agit, après le vote, de faire confiance à sa pensée (de respecter ainsi cette élaboration si fine que je viens d’évoquer en lui conférant la valeur de cohérence du moment), de se faire confiance, c’est-à-dire de faire confiance aux émotions, aux impulsions, à la part d’irrationnel qui a présidé aux choix (toute décision en comporte une), de faire en d’autres termes confiance aux élans de son corps et enfin, dernier volet, de faire confiance à l’autre à celui qui est désormais en charge de faire respecter ma voix. Ce dernier volet n’est pas à mésentendre : la démocratie ne signifie pas signer un chèque en blanc. Mais elle n’appelle pas non plus la défiance, la méfiance à l’égard des dirigeants qui, soyons en sûrs, ne sont pas des inconscients et font de leur mieux. Enfin, on peut appeler de ses vœux une confiance en la collectivité. Il existe en effet des règles tacites dans la société et qui se mettent en place spontanément (rester à droite dans l’escalator pour laisser monter les autres). Il en est de même de toutes les habitudes : il y a des évolutions, des variations subtiles des valeurs dans l’Histoire, l’Humanité se transforme et progresse, il faut y croire. Ne pas y croire est pécher par orgueil. Ainsi, une fois le choix effectué, il doit faire son chemin de vie tout seul et il m’appartient à la fois de me souvenir de mon engagement au moment du vote et d’accorder une confiance, qui certes doit être vigilante mais ne doit pas être suspicieuse, à celui que nous avons choisi.

b) Pour l’élu

Trois grandes exigences me semblent se dessiner pour l’élu. Il s’agit avant tout pour lui d’être exemplaire. En effet, être élu est une mission qui, si elle a été confiée (et quand bien même ne l’aurait-elle pas été) dans les conditions que je viens de décrire, implique d’être à la hauteur de l’immense responsabilité qui a été déléguée et de l’immense confiance qui a été faite. Cela a selon moi deux acceptions majeures : ne pas piocher dans la caisse, ne pas servir ses propres intérêts devraient être une évidence mais la deuxième est tout aussi importante : il s’agit de ne pas recourir à des techniques manipulatoires visant à influencer les foules. Ce sont là les deux domaines et les deux évidences (pourtant bien battues en brèche parfois) qu’impliquent l’exemplarité dont je parle.

Mais il ne s’agit pas seulement d’être un être droit, il faut aussi être un être performant et compétent. En effet, si le citoyen est responsable de la mise en forme (toujours au sens aristotélicien) de lui-même, l’élu est responsable de la mise en forme de nombreux citoyen. Il se doit donc de faire preuve si ce n’est d’excellence (l’excellence m’a toujours semblé une valeur suspecte : que cherche-t-on lorsque l’on cherche l’excellence si ce n’est à écraser les autres ?) du moins de performance et de compétence.

Enfin, le dirigeant se voit confronté à une troisième injonction qui est la plus douloureuse et la plus problématique : ce que les philosophes politiques ont théorisé autour de l’idée de « raison d’Etat ». En effet, aucun pouvoir ne survit sans secrets. Il ne faut pas être naïf : certaines vérités engendrées par l’idée de délégation, de confiance impliquent la protection. Loin de moi de penser à un idéal féodal mais tout de même : parfois, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire et ne pas tenir compte de cela, c’est là aussi se voiler la face. Comment ne pas prendre en compte l’idée, prouvée par la psychologie des foules, de panique, celle de l’illusion contre laquelle chacun doit combattre mais qui nous guette à tout instant du « pouvoir du peuple », d’un pouvoir total du peuple : la démocratie implique la délégation et la délégation implique une confiance faite jusqu’au secret, jusqu’au manque d’information. Ne pas adhérer à cette idée serait méconnaître la nature humaine, ses fragilités indépassables. Bien sûr, on aimerait qu’un jour, cela ne soit pas nécessaire, que chacun soit armé contre les phénomènes dont je viens de parler, que chacun puisse recevoir sereinement et convenablement tous les secrets. Mais quand bien même, l’altérité, l’absence de fusion entre les individus impliquent ainsi des Etats, des entités, des sous-organisations, des niveaux intermédiaires qui doivent tous et chacun se défendre : sans secrets, on ne se défend pas. La raison d’Etat est donc absolument nécessaire et si elle est bien lourde, elle fait partie du travail de l’élu.

Essayant désormais de protéger un semblant de cohérence dans mon parcours ainsi que le peu de dignité qu’il me reste de ce point de vue, je ne m’exprime que très rarement. Mais dans le moment capital que nous vivons depuis quelques années, depuis une grosse décennie, il m’a semblé utile pour ne pas dire vital de rappeler des évidences que j’espère les plus claires possible : ce petit vadémécum, la détermination de ces règles très simples et facilement applicables se veut un mode d’emploi à usage personnel et si possible pour d’autres de ce que devrait être la politique pour les citoyens du monde entier, qu’ils soient aux responsabilités de chef ou dans la position de celui qui délègue, si nous souhaitons un jour, dans un temps dont je n’ai strictement aucune idée, vivre ensemble, pacifiquement et harmonieusement, serait-on tenté d’ajouter.

Mais soucieuse de la nécessité d’une absolue transparence et d’un exposé le plus complet possible des engagements divers et variés qui guident ces quelques idées, je veux dire aussi « qui parle ? », c’est-à-dire raconter mon parcours civique. Ce travail de mise au clair, je le fais avant tout pour moi, pour m’assurer que de « parcours » il peut s’agir, que la consistance est suffisante pour pouvoir être un tout petit peu à la hauteur de ce que j’attends de moi et des autres en la matière.

II – Qui parle ?

  1. D’un parcours

a) Se situer

Ce n’est pas chose évidente, à bientôt 43 ans, de se retourner sur les 25 premières années de sa vie d’adulte. On se rêve exemplaire, on se découvre une toute petite chose. Mais tout de même, quelques lignes de force semblent vouloir se dessiner et je les découvre en écrivant. Il y a avant tout eu des engagements forts. Des engagements militants (au Manifeste contre le Front National, dès 1998), des engagements professionnels (autour de la culture et de l’enfance, c’est-à-dire finalement, en cherchant à inventer puis à encourager l’avenir), des engagements associatifs (autour de l’écologie, de la nécessité humaniste de l’accueil des migrants, autour de la petite enfance à nouveau puis autour du troisième âge, c’est-à-dire en somme au service et au nom d’une certaine idée de la douceur de vivre), des engagements éthiques (une exemplarité écologique depuis quelques années, un point d’honneur mis à seconder ma famille, parents, grands-parents, frères et sœur et mes amis, une exigence de professionnalisme qui ne m’a jamais quittée). Et puis un parcours électoral qui depuis le tout premier vote se situe au centre gauche. Je n’ai jamais voté à l’extrême gauche, j’ai voté une fois à droite en 2002, j’ai voté Bayrou puis Macron lorsque cela était possible, admiré Barack Obama et tous les mouvements qui cherchaient, en Europe, ailleurs, à recentrer le débat autour de questions plus intéressantes que les raidissements autour de polarités qui me semblent obsolètes (le clivage gauche/droite est daté, il remonte à la Révolution française). Ces choix électoraux ne m’ont pas empêchée d’avoir une certaine admiration pour des hommes et des femmes hors de mes penchants naturels. Il est évident que comme tout un chacun, je me débats dans des questions multiples liées à des conflits de loyauté dans mon entourage (pour faire simple, ma famille est au centre, mes amis à gauche et j’ai eu de nombreux coups de cœur dans ma vie professionnelle pour des hommes et des femmes de droite). Voilà pour un tableau dont je ne suis ni fière, ni peu fière, un tableau au sein duquel j’essaye de trouver un petit équilibre, sans me mettre en danger dans les zones obscures. Mais puisqu’il s’agit d’être complète, honnête et transparente, j’ai, parmi mon entourage, deux fascinations que je renierais volontiers : l’une de mes très bonnes amies (pour ne pas dire ma meilleure amie) est intéressée par la révolution bolivarienne au Venezuela et y a même été faire un long séjour sous Chavez et, à l’opposé, j’ai éprouvé une vive affection pour l’un de mes professeurs à l’Université qui était d’extrême droite et proche du Printemps français. En dehors de ces deux erreurs, je suis clairement une femme de centre gauche, pour ne pas dire du centre. Mes phares vont de Jacques Delors à Michel Rocard en passant par Jacques Toubon, Simone Veil et plus proche de nous de Alain Juppé à Raphaël Glucksmann, de Claude Maluret à Elisabeth Borne, de François Bayrou à Edouard Philippe en passant, bien sûr, par Emmanuel Macron.

b) Un positionnement désormais clair et durable

Je trouve en effet désormais autour de ce nouveau pôle de la vie politique un confort tout à fait précieux et un engagement qui durera longtemps : je n’ai que rarement été déçue et si je ne signe pas un chèque en blanc à ce mouvement, je suis suffisamment convaincue par l’action menée, les décisions prises, les différentes prises de position pour me sentir à l’aise lorsque je vote ainsi pour un « en même temps » qui me soulage d’un immense poids et me réconcilie autant avec ma famille qu’avec mes amis et mon entourage professionnel. Je me sens, là, à ma place, à une place que j’ai longtemps cherchée. Ces gens-là, tous ceux qui travaillent dans cette direction sont mes amis non pas au sens de la satisfaction affective que l’on attend (pour le dire en un mot simple, un soutien du cœur) mais au sens d’une amitié bien plus profonde c’est-à-dire vigilante et constructive, inscrite dans un dialogue. J’accorde à toutes les personnes qui s’engagent autour de ce mouvement autant d’importance que je n’en accorde à ma petite personne : je ne suis avec eux ni complaisante ni dure. Attentive. A l’écoute. Mais affirmée. Ils me font du bien : est-ce un crime ? Doit-on vraiment quand on est centriste souffrir les affres du vent et de la sainteté qui va avec ou a-t-on le droit, encore, à un minimum de respect ?

c) Du jeu médiatique et autres acteurs politiques

Je souhaite compléter ces confidences par quelques remarques autour des différents acteurs qui forment la vie civique et sociale que sont les médias, les entreprises et les associations, les partis politiques et les syndicats. J’éprouve un profond dégoût pour le jeu médiatique. En particulier pour la télévision que je ne regarde plus depuis plus de 10 ans. La presse et le sérieux de certains journalistes me rassurent mais globalement, mon rapport aux médias est placé sous le signe d’une profonde méfiance et je fais désormais bien plus confiance à des revues ou des livres traitant des questions de fond pour m’informer. Quant au milieu associatif, j’y crois avec mesure : je ne crois pas à la religion de l’association mais l’idée de rendre service et de se retrouver autour d’un objet précis me séduit. Je crois aussi à l’efficacité sociale du monde de l’entreprise et n’ai jamais été anticapitaliste. Bien sûr, cette confiance est extrêmement vigilante mais disons que le monde de l’entreprise ne m’a jamais été ni étranger ni ennemi. Les syndicats me semblent par ailleurs un acteur essentiel de la vie publique pour un peu qu’ils cherchent réellement à défendre les salariés, sans complaisance ni avec les directions, ni avec les employés. Enfin, j’appelle de mes vœux un foisonnement des partis politiques se regroupant autour de valeurs communes au sein de grands pôles.

Tous ces engagements, toutes ces décisions, toutes ces affinités n’intéressent que moi. Je suis la bonne amie, la bonne fille, la bonne voisine. Je donne au clochard tout en espérant qu’il n’ait un jour plus besoin que je lui donne. Rien de scandaleux, rien d’excessif : aurea mediocritas comme disent les latins. Des idées extrêmement banales, communes, mesurées, raisonnables. Il y a une chanson de Linda Lemay qui dit « je suis grande, je suis raisonnable » puis se plaint un peu de cela parce qu’elle aimerait de temps en temps ne plus l’être. Mais « grande et raisonnable », oui, j’essaye de l’être, par respect pour mes parents et ce qu’ils m’ont enseigné. Par respect pour moi-même.

J’en viens maintenant à quelques aspirations, à quelques orientations, à quelques convictions un peu moins terre à terre qui me motivent, me guident, me donnent espoir, me mobilisent.

2) Quelques aspirations motivantes

a) Idéalisme et réalisme 

Comme en sport, soit on aime le beau jeu soit le résultat, la victoire ou le chemin qui y mène (ou n’y mène pas). Il ne s’agit pas lorsque l’on est idéaliste (et notons bien que ce courant de pensée n’est pas la propriété ni de la droite ni de la gauche) de mépriser le résultat ou la victoire mais plutôt de les considérer comme un travail de chaque instant. C’est cela être honnête : c’est être un idéaliste à l’écoute, ouvert, pas arc-bouté sur ses certitudes. Dans un permanent dialogue. Je vois deux limites au dialogue, deux comportements humains qui appellent la fermeté et la rupture, oui, la rupture du dialogue : la haine et la paresse. C’est-à-dire le terrorisme intellectuel et son contraire, l’absence de proposition sérieuse. Quand on est un citoyen digne de ce nom on se pose sans cesse la question de l’intérêt commun, général pour reprendre un mot galvaudé. L’extrême gauche tout comme l’extrême droite pêche de ces deux penchants néfastes et délétères. Je me pense donc la plus centriste possible, par amour de la géométrie, avec une certaine tendance à considérer que la solidarité prime sur la compétitivité, mais consciente qu’il ne faut pas non plus être naïf et croire que tout tombe tout cuit du ciel. Ainsi, si l’idéalisme, au sens que je viens de décrire est la condition sine qua non de tout engagement politique, l’acceptation des règles de ce qu’il faut bien appeler un jeu politique est lui aussi tout à fait important. S’il ne s’agit pas de vaincre, il s’agit de convaincre et cette entreprise, à défaut de s’inscrire dans une logique de compétitivité, s’inscrit dans une logique de combativité. Lorsque l’on est démocrate ou républicain, on participe à la vie de la cité sans cynisme et sans candeur.

b) Pacifisme et authenticité

Et l’instrument de ce combat, son outil le plus sûr est la rhétorique à la puissance pacificatrice de la laquelle je crois, fut-elle, d’ailleurs, parfois, pourquoi pas véhémente. Mais si la rhétorique est un outil, elle n’est pas un but en soi et au-delà de la rhétorique, je crois surtout à son dépassement dans l’expérience d’un échange authentique, loin des masques. Marier rhétorique et authenticité me semble les deux conditions de la paix et une bonne définition de l’humanisme, du moins à la française mais peut-être pas uniquement. Le dialogue des opinions n’a que peu d’intérêt mais le dialogue des convictions prend du temps et nécessite de la délicatesse. Cette délicatesse, on la trouve dans la distance d’un discours soigné ainsi que dans la capacité à se tenir à un pas d’écart du discours pour faire valoir, et pourquoi pas d’ailleurs dans une transparence, dans un « aller nu » dans le monde, quelques vérités intimes. En effet, la vie politique me sembler être une histoire hautement intime avant tout qui se forge autour d’un repas en famille, d’une conversation avec ses parents, ses très proches puis qui existe publiquement. Là encore, deux instruments, les deux mêmes : le travail, intellectuel, moral, affectif permet de se forger certaines convictions, certaines idées puis l’exposition de ce travail demande une habileté oratoire qui est aussi précieuse que l’élaboration de la conviction, pour s’ouvrir et pour dialoguer avec qui a une histoire, une expérience et un héritage différent. Être capable des deux, de sincérité et d’engagement dans les mots, est le critère d’un homme politique digne de ce nom, respectable. Que moi, en tous cas, je peux respecter. Pour le dire très simplement, si la rhétorique est civile, la poésie (qui parle à l’intime) l’est tout autant. Je pense ici au poète italien Leopardi. Voici les deux mamelles de la paix : la rhétorique et la poésie.

c) Liberté et contrainte

On peut parler autrement de ces deux sortes d’élan de l’être que j’essaye de décrire lorsque j’évoque mes aspirations. Autour du couple liberté et contrainte. Il y a là deux tendances toutes humaines : le principe de plaisir et le principe de réalité. Les deux font partie de la vie, les deux font partie de la vie politique. En effet, si chacun, comme aurait dit Spinoza, persévère dans son être, s’efforce de cultiver sa propre liberté, nous sommes aussi cousus de déterminismes, ne serait-ce que parce que nous avons une enveloppe corporelle, ne serait-ce que parce que nous nous inscrivons dans une nature. La crise écologique nous le rappelle vigoureusement aujourd’hui. La politique, le vivre ensemble sont tout comme le vivre tout court : il faut chercher à se libérer tout en se rappelant d’où nous venons. Il faut essayer, comme aurait dit Pasolini, de « splendere » sans fantasmer une libération totale, tout à fait impossible. Il faut s’extraire de la réalité pour progresser mais sans en oublier les limites. La toute-puissance, pas plus que la résignation ne sont des vertus politique. Il faut essayer de changer le monde sans pour autant le délirer. Plusieurs distinctions, plusieurs architectures conceptuelles peuvent nous y aider. On peut songer à ce qu’est un travail « en compréhension » et non pas en extension : la fécondité n’est pas une obligation absolue et surtout elle ne se joue pas sur le terrain de l’exubérance ni du débordement. Autre aide conceptuelle plus concrète, on peut penser et je le pense que si le progrès moral, cette liberté de l’être, est désirable, le progrès matériel doit s’inscrire dans des exigences de confort qui ne se projettent pas infiniment vers le « plus ». Voici deux pistes relatives au travail intellectuel, artistique, spirituel, à la vie de l’âme et de l’esprit et au travail matériel, concret de la sphère du corps. Tout est encore à faire, tout est encore à élaborer de ce point de vue même s’il faut espérer que, l’Humanité étant en train d’atteindre les limites de son expansion, une limite tout du moins, elle soit en mesure de réajuster le tir. Liberté et contrainte, ce duo, sont au fondement de la vie politique depuis maintenant bien longtemps et doivent faire l’objet d’un travail idéologique, au sens noble du terme, pas au sens ni du système de pensée, ni du bréviaire de bonne conduite.

Il me semble que c’est au prix de cette construction intellectuelle, autour des trois grands couples conceptuels que je viens de délimiter que se jouera la possibilité pour une Humanité apaisée mais en mouvement de poursuivre sa route, de poursuivre sa route ensemble.

Reste à savoir quel sens on donne à ce mot, « ensemble ». Je viens en effet d’évoquer un parcours de choix, d’affinités et d’engagements, quelques aspirations plus conceptuelles, reste à se mettre d’accord sur les mots et avec eux sur notre façon de faire société.

3) Les mots

a) « Vivre ensemble »

« Vivre ensemble » n’est pas un slogan électoral mais plutôt l’un des grands axes du programme de l’Education Nationale pour l’école maternelle, axe qui a fort heureusement remplacé l’ancien « devenir élève ». Il ne s’agit pas en effet dans un rapport à l’autre quel qu’il soit de se dresser mais bien de s’accorder, de se mettre en harmonie (la métaphore musicale n’est ici pas à exclure bien qu’elle ne soit pas suffisante puisque c’est bien à la raison et pas seulement aux sens de chacun que l’on s’adresse lorsque, petits, on demande aux enfants de se « socialiser » c’est-à-dire de ne pas rester dans sa famille mais de pénétrer les arcanes, les aventures, les problématiques (oui, les enfants ont et vivent dans des problématiques, un enfant n’est pas un objet, une substance que l’on canalise, un enfant vit et mange et dort avec des pensées très complexes) d’une vie « ensemble », que le mot est joli puisqu’il n’utilise aucun des termes, eux aussi bien galvaudés de collectif, société et autres joyeusetés qui sont régulièrement et inlassablement resservies et imposés à des individus qui n’y comprennent rien, n’y veulent rien comprendre parce que cela leur fait violence). Oui, un petit doit à tout prix apprendre la frustration et sortir de sa toute-puissance pour grandir mais il a aussi besoin qu’on l’accueil dans une « communauté », je préfère ce mot qui chez moi ne trouve aucune résonnance dans les années soixante-dix ou dans le phénomène sectaire, la communauté, c’est la collection d’individus et c’est à cela, de toutes nos forces que nous devons travailler

b) « Communauté »

En effet, cette idée de la collection d’individus, chère par exemple à un homme de théâtre qui sait de quoi il parle puisqu’il l’éprouve dans sa chair, à travers le fait de se retrouver régulièrement devant la foule que constitue un public, Laurent Terzieff, me semble une très bonne appréhension de ce que j’essaye de dire autour de l’idée de « communauté ». Est commun ce qui sert à plusieurs. Une communauté est donc un ensemble d’individus qui se retrouve autour d’une chose qui leur sert à tous. Un four, un champ mais aussi une culture (un espace commun à cultiver) mais aussi une langue. La notion d’utilité est ici centrale mais elle revêt une acception large. Avant d’avoir des valeurs communes, les hommes ont des cultures et des langues communes. C’est-à-dire des choses qui leur sont utiles à vivre ensemble attendu que l’on est plus fort pour vivre à plusieurs.

Une précision d’importance : le terme de « communauté » employé ici n’a rien à voir avec les mouvements communautaires des années 70 mais rien non plus à voir avec l’idée d’aujourd’hui de communautarisme. Une communauté dans cette dernière acception s’entend comme relative à une identité que l’on fantasme. Rien ici de semblable. La communauté telle que je cherche à la définir ne se retrouve pas autour d’une identité commune mais autour, j’y insiste, d’objets (qu’ils soient concrets ou de pensée) utiles à tous. La communauté à laquelle je pense à plus à voir avec une mise en commun qu’avec une reconnaissance dans l’appartenance à un commun prédéfini. Elle est donc ouverte. En perpétuel mouvement. Et recouvre d’ailleurs des réalités différentes, des échelles, des intermédiaires, des niveaux, des strates qui font que finalement, en dehors de l’idée de l’utilité, on peut difficilement reconnaitre quelque chose qui serait autonome des individus et que l’on appellerait « communauté ». Cette collection que j’évoque connaît des organisations intermédiaires, jusqu’à former un ensemble mais elle n’est jamais à penser comme un tout mais plutôt comme un ensemble de parties, elle-même subdivisées en d’autres parties jusqu’à arriver à ce qui est indivisible, un « individu ».

c) « Individu »

Rien à voir ici avec l’individualisme. Disons-le en préambule pour éviter les procès d’intention. Il s’agit plutôt de définir, au contraire, l’individu comme l’entité minimale, certes, mais aussi comme le creuset d’un flux qui le traverse et le dépasse. Nous ne sommes qu’un fétu de paille se réorganisant au fil des rencontres, qu’un réceptacle dont les bords sont indécidables pour les pensées et les points de vue et les images des autres. Un paysage que la lumière de l’autre dévoile. Ainsi, sans tomber dans l’idée de fusion, c’est bien de ce réseau complexe que je veux parler et qui constitue aussi bien la partie que le tout, l’humain que l’Humanité. Il n’est pas d’humanité (au sens ici de la qualité commune à l’homme et à l’Humanité) sans altérité. Elle nous constitue en tant qu’être, elle nous constitue en tant que globalité. Cette collection d’individus que j’ai évoqué se constitue en effet en un réseau complexe seul à même de dire avec justesse l’expérience que nous faisons tant intime que publique à la fois en tant qu’individu (cette forme, ce creuset) et en tant que collectivité, en tant qu’ensemble. Sans le réseau nous ne sommes rien et soyons bien sûrs que le réseau existe sans nous mais que sans nous il n’a pas la même forme, la même organisation, la même constitution. Chacun est essentiel au tout, le tout est essentiel à chacun.

Pour conclure, que dire au terme de ce si long parcours où j’ai cherché, encore une fois avant tout pour moi mais aussi dans l’espoir d’être comprise, à faire le point sur les deux ou trois idées et valeurs qui guident mon parcours politique ? Tout d’abord qu’évidemment, j’ai bien conscience que ce que je me demande et ce que je demande donc à autrui est exigeant. J’ai parlé d’héroïsme, de responsabilité et même d’injonction (cette idée que chacun est essentiel) à participer à la vie civique. Bien entendu, une telle rigueur appelle aussi une forme de légèreté, sans quoi la chose n’est pas tenable. Cette légèreté, je la trouve du côté de l’idée de la temporalité. En effet, si le vote doit engager tout l’être, si la vie civique doit éclairer l’existence, on peut considérer que cela s’inscrit dans une temporalité et même dans des rituels. Voter est un acte qui doit occuper toute l’année mais qui se cristallise autour de moments. Prendre la parole, c’est-à-dire prendre part à la communauté dont je viens de parler, ne se fait pas non plus de façon continue. Et on trouve sur le chemin des repos de l’âme, des respirations, des moments creux. Une telle intensité ne survivrai pas à un effort continu. Faire donc, lorsque l’heure est venue le plus sérieusement possible sa part. Le reste du temps, mûrir la chose. Je trouve par exemple une bonne illustration de ce que je veux dire autour d’une métaphore théâtrale : celle du jeu « mineur » et du jeu « majeur ». Parfois, nous jouons en mode mineur et nous mûrissons en même temps que nous élaborons, nous attendons en même temps que nous nous reposons. Parfois, c’est en mode majeur qu’il faut jouer et livrer avec une certaine forme de force le fruit de nos pensées.

Par ailleurs, si se pose bien la question de la temporalité, des rythmes de vie, se pose aussi la question des espaces et des lieux de vie. Je ne crois plus trop à la détermination du lieu de vie au sens géographique du terme dans nos pensées. Nous sommes aujourd’hui tant en communication, tant en résonnance les uns avec les autres que cette idée qui avait de la pertinence ne serait-ce qu’il y a 50 ans me semble aujourd’hui bien inopérante. Mais la chose reste à penser en termes d’espace bien que ces derniers se soient déplacés. Il y a l’espace du vote, l’espace des réseaux sociaux et autres moyens de communication, l’espace intime, l’espace professionnel. Ces espaces sont interdépendants les uns des autres mais tout de même autonomes. Et là aussi, il introduisent de la variété et donc de la légèreté au sein de cette aventure de la vie ensemble.

Enfin, il existe des sphères au sein desquelles la chose publique n’a pas à pénétrer. Des choses si intimes que les découvrir serait les violer. La sexualité, la religion, l’amour. Tout cela relève de la plus stricte intériorité et n’a pas à se partager en politique, n’y a pas sa place. Dans cette intimité là, dans ces expériences là ou au contraire de la vie publique, tout est à peu près permis puisque cela regarde une, deux ou plus de personnes mais jamais une globalité, nous nous ressourçons encore plus profondément, nous exerçons notre liberté pleinement et l’éprouvons dans un plaisir que je qualifierais volontiers de suprême et qui rend la vie publique, avec toutes ses exigences possible et supportable.

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